La beauté sauvera le monde

La beauté sauvera le monde

Quelque soit sa discipline, l’artiste cherche à faire quelque chose de beau mais cette notion est difficile à définir. Dans cette dernière partie, j’explique pourquoi je pense qu’une beauté esthétique doit être le réceptacle d’une beauté spirituelle.

Après avoir mangé le fruit de l’arbre de la connaissance, Adam et Eve réalisèrent qu’ils étaient nus et en eurent honte. Ils fabriquèrent alors des ceintures de feuillage et s’en vêtirent. Dieu voyant cela compris qu’ils avaient désobéi et mangé le fruit défendu. Dans notre société, la nudité est honteuse et humiliante, nous devons la cacher par des vêtements. En sortant du cadre des valeurs communes, l’art peut rétablir la beauté du nu en le plaçant dans une représentation imaginaire. Le nu garde alors son attrait naturel mais n’est plus soumis à la matière et au jugement. En représentant la Déesse nue, en évitant les voiles et les artifices, je cherche le principe de la beauté féminine. La beauté n’est pas une propriété féminine, la beauté est une idée pure qui s’applique sur les choses suivant l’intérêt qu’on leurs porte. On dit d’une femme qu’elle est belle mais cet adjectif peut s’appliquer à un paysage, à une musique ou même à un acte courageux. Pour mon dessin, la beauté prend l’aspect féminin d’une Déesse mais là encore, ses cheveux, son visage, ses formes et son apparence ne sont qu’une représentation parmi des possibilités multiples. En fixant les contours d’un corps, j’ai cherché à y enfermer un esprit, une âme, une pensée : celle de l’unité humaine. C’est la métaphore de la Déesse de Babel, elle incarne un idéal d’unification et de pacification des peuples dans un langage commun. Par sa main tendue, elle attire la tour comme la beauté féminine attire les hommes.

Le dessin permet de matérialiser une idée, l’inspiration permet de donner forme aux pensées impalpables. La beauté physique de la Déesse est le réceptacle d’un idéal, d’une société humaine rassemblée dans la paix. Pour l’instant cet idéal n’est qu’une utopie, il peut sembler très difficile voire impossible à atteindre tant les conflits qui nous opposent semblent insurmontables. Mais l’histoire s’écrit sur des millénaires et même si nous ne verrons pas ce rapprochement des peuples de notre vivant, on peut penser que cela sera possible un jour. C’est une belle idée, cette idée est beauté plus que tout autre chose et l’on peut croire comme l’a écrit le romancier russe Dostoïevski que c’est bien la beauté qui sauvera notre monde.